Les Rencontres de Pensez Libre
Etre Entrepreneur en temps de crise
Invités Paul Dubrule et Frédéric Bedin
Débat animé par Stéphane Brabant et Olivier Mousson
Hôtel de l’Industrie Saint-Germain-des-Prés, mercredi 4 mars 2009
Les Rencontres de Pensez Libre ont lieu tous les mois à Paris, dans un lieu riche d’histoire, l’Hôtel de l’Industrie, où siège depuis 1801 la première association de France, la Société d’Encouragement à l’Industrie, créée par Bonaparte dont l’objet était l’encouragement de l’industrie.
Depuis cette date, le Cercle de l’Industrie sis Place Saint-Germain des prés dans l’Hôtel du même nom a été le haut lieu des dépôts de brevets, d’exposition de machines ou encore d’attribution de financements industriels et scientifiques. Aujourd’hui encore, la Société d’Encouragement récompense des chefs d’entreprise dont la contribution à l’industrie de notre pays au sens du XXIe est incontestable. Nos deux invités de ce jour ont d’ailleurs été lauréats voici plusieurs années de la Société d’Encouragement.
Présentation des Invités
Paul Dubrule, Président Fondateur du Groupe Accor
A la veille de 1968, Paul Dubrule ouvre son premier hôtel : 1 client le premier soir, 0 le second soir, 2 le troisième… puis les tourments de 68. Pas de chance. Aujourd’hui, Accor a ouvert plus de 4000 hôtels dans le monde et emploie plus de 135000 salariés. De cette expérience, une philosophie : ce n’est pas parce que l’on traverse des événements difficiles qu’il ne faut pas persévérer !
Frédéric Bedin, Président Directeur Général Public Système, Président de Croissance +
Déjà étudiant à Dauphine, Frédéric organisait des événements pour étudiants. Aujourd’hui à la tête de Public Système, 5egroupe mondial en Communication et événementiel, il reste extrêmement optimiste quant au rôle d’Entrepreneur en temps de crise. Etre entrepreneur, c’est être libre, libre de faire des choix, de s’adapter, d’aller à contre-courant, d’avancer selon l’air du temps !
Introduction
Nul aujourd’hui ne peut rester indifférent à la préoccupation majeure des Français : la crise. Il nous parait évident que les entrepreneurs sont au cœur des solutions à cette crise.
L’objectif de cette table ronde est, au travers des témoignages et de l’expérience de nos invités et de l’assistance, composée à plus de 50 % de chefs ou créateurs d’entreprises, de comprendre en quoi les fondamentaux de l’Entreprise peuvent constituer une clé incontournable à la sortie de crise.
Dans un contexte où l’on qualifie volontiers l’entreprise comme « moteur », « modernisateur » de notre société, et où elle doit faire face aux délocalisations, à une financiarisation et une judiciarisation à outrance, va-t-on du fait de cette crise retourner à des valeurs traditionnelles de l’entreprise et de l’entrepreneur ?
Entreprendre en temps de crise :
Est-ce raisonnable ?
Paul Dubrule :
La période faste pour la création d’entreprise, c’est bien en temps de crise… Pour ceux qui souhaitent aujourd’hui monter leur entreprise, une multitude d’opportunités existent : en effet, les crises sont des périodes fastes pour la création d’activité, et des périodes particulièrement difficiles pour les entreprises existantes.
Il semble nécessaire de faire le tri dans les valeurs traditionnelles. Voici encore moins d’un an, on pouvait monter un hôtel sans fonds propres avec 100% de financement, c’était criminel de la part des banquiers. Lorsque les premiers hôtels de ce qui devint le Groupe Accord ont été construits, 50% maximum de l’investissement étaient financés.
C’est ainsi que la crise a dévoilé l’existence d’entrepreneurs qui n’avaient pas de répondant financier.
Une bonne approche peut être de « faire le dos rond » en période difficile et de « mettre de côté » en période plus réjouissante.
Mais quelles opportunités ?
Paul Dubrule :
Est convaincu que le créateur en herbe ne doit pas avoir d’idée préconçue, ne pas suivre l’air du temps, être en total décalage, prendre le contrepieds des idées reçues, du consensus et… de ce que disent les banquiers !
De bons gages de réussite : pas de tabous, de la lucidité, de l’énergie et un peu de chance. L’atout majeur de la jeunesse est que si l’on fait des erreurs, on peut se relever rapidement.
Les fondamentaux d’une entreprise qui dure : une décision convenable et beaucoup de travail.
Frédéric Bedin
Pas besoin d’être jeune pour entreprendre, la jeunesse est dans la tête ! De toutes façons, les coups que prend l’entrepreneur sont surtout psychologiques…
Une bonne entreprise part d’un besoin et d’une idée - exemple Emmaüs, formidable initiative qui aurait pu déboucher sur…Ebay !
La crise : une opportunité pour se recentrer sur les priorités de l’Entreprise.
Frédéric Bedin
Souligne avec insistance que la période de crise permet de mettre en exergue la nécessité absolue de se préoccuper des besoins des gens. L’Entrepreneur part du besoin d’un consommateur ou des clients potentiels et pilote son activité selon 3 indicateurs essentiels : ses clients, ses collaborateurs et la finance.
Les Clients
Ils sont le bien le plus précieux de l’entreprise ; il faut les rassurer, montrer qu’on est là.
Ils ne sont pas une masse homogène et ne doivent pas être traités comme tels.
Ils peuvent changer d’avis et de comportement très rapidement, comme on a pu le constater sur les trois derniers mois auprès des acheteurs d’automobiles : on ne projette plus sa personnalité dans sa voiture, qui est de moins en moins un indicateur d’un statut social.
L’évolution du marketing est passionnante ; les cibles traditionnelles se disloquent, les besoins des consommateurs évoluent (par exemple pour l’automobile), et se recrée un « marketing de communautés » par l’événementiel et par le web.
Lorsque le chef d’entreprise prend le temps de se préoccuper du besoin du consommateur, il peut se recentrer sur le vrai sens des choses et recréer des liens affinitaires dans une communauté de consommateurs.
Il peut être nécessaire de créer de multiples communautés pour couvrir un marché et constituer une activité.
Les Collaborateurs :
Ils sont tout aussi affectés par la situation actuelle, mais on a le pouvoir et le devoir de dialoguer directement avec eux et s’il le faut, d’adapter le nombre de salariés à l’entreprise. Il faut le faire avec une grande justice, et surtout pas pour préserver la finance, mais pour préserver le job des autres.
La Finance :
Paradoxalement, beaucoup d’entreprises qui ont assis leur activité n’ont pas de problèmes de prêt ou de financement en ce moment.
Au-delà des considérations économiques et financières, nous traversons une crise du désir, de trop de désirs, de trop de facilités d’accéder à ses désirs. On peut espérer que cette crise redonne du sens à l’étymologie du mot société, lieu où l’on s’organise à plusieurs, pour donner plus de relief à l’importance d’être associés.
Entreprendre : nouveau sens, nouvelles pistes ?
Frédéric Bedin
Oser créer des entreprises aujourd’hui dans des secteurs d’activité qui existent déjà, mais en partant de zéro, est un atout concurrentiel . Cette démarche permet de s’affranchir de la lourdeur des structures et des procédures existantes.
De nombreux services ne sont pas encore pourvus, et de telles ouvertures autorisent à être extrêmement optimiste.
l’Entertainment, cœur du métier du Public Système, fait vivre des milliers de salariés et des états entiers tels que la Californie. Et nul besoin de capitaux pour se lancer !
L’entreprise tient aujourd’hui une place significative dans le monde de la communication, elle a été parmi les premières à avoir mis dans la même société différents métiers apparentés :
· l’événementiel,
· les relations publiques
· le conseil en marketing,
· le développement web
· les médias sociaux etc.
Et découper son activité en tranches transversales telles que :
· la culture
· le cinéma
· la musique
· la haute technologie
· l’industrie pharmaceutique.
Cette organisation matricielle s’est complexifiée avec le temps. Public Système investit principalement dans des startups basées sur de nouveaux modes de communications, telles que les média sociaux.
Etre sur internet aujourd’hui, c’est être actif dans les média sociaux, ce n’est plus seulement avoir un site web !
La position tenue depuis plusieurs mois par Croissance Plus montre qu’il existe des solutions de croissance bien réelles :
· les Green Techs,
· les énergies renouvelables,
· le recyclage,
· la valorisation des déchets,
· les entreprises dédiées aux services à la personne… ces dernières sont aujourd’hui celles qui croissent le plus vite (par exemple le bricolage à domicile, la santé, l’éducation, la garde d’enfants). C’est ainsi que les crèches privées en création connaissent une bien meilleure croissance que beaucoup de start ups.
Enfin, les industries d’aujourd’hui sont les industries de l’immatériel, il faudrait en créer notamment dans les pays qui nous envoient des travailleurs.
Dans les domaines de l’entertainment et des médias, pas besoin de capital, un papier blanc et des amis sont la base essentielle d’un bon démarrage !
Frédéric Bedin lance un challenge : pour créer aujourd’hui le Public Système de demain, il faut commencer maintenant !
Entreprise et finance
Paul Dubrule :
Affirme clairement, sans la bourse, Accor n’aurait jamais existé.
Quand les dirigeants disaient encore récemment en Conseil d’Administration, qu’ils allaient « rendre l’argent aux actionnaires », soit 2 milliards en 2 ans ainsi « rendus aux actionnaires », on peut être réservé quant à la méthode, clairement prisonnière d’une logique de répondre à la demande du marché.
Pourquoi ceux qui avaient prévu cette crise n’ont pas été écoutés ? N’est-on pas allé beaucoup trop loin pour protéger l’actionnaire ?
On a pu voir parfois avec quelle facilité on pu être mises en place des règles de gouvernance qui ont permis une totale manipulation de la stratégie financière de l’entreprise.
L’importance est fondamentale d’être à l’écoute des besoins et d’ être professionnel dans son métier. Une spécialisation forte est bénéfique dans les services.
En cette période de crise, inventons aujourd’hui les métiers qui répondrons aux besoins de l’avenir.
Pourquoi ne pas songer à créer par exemple la chambre à moins de 20€, soit la moitié du prix de Formule 1 ? Pour les gens qui voyagent, les familles, les gens qui se séparent…
Paul Dubrule et Frédéric Bedin :
En France, le monde de l’entreprise finance 1,5 fois plus la solidarité nationale que dans les autres pays européens . Cette situation ne peut perdurer, la reprise ne se fera pas sans des réformes majeures, que le gouvernement ne semble pas prêt à faire.
Frédéric Bedin :
Quelles sont les raisons pour lesquelles le document de 75 pages rédigées par les plus grands économistes de Bercy sur la Revue Générale des Prélèvements Obligatoires (RGPO) a été enterré par le gouvernement aux prémices de la crise. Les conclusions dérangeraient-elles ?
L’adhésion des salariés à l’Entreprise ?
Frédéric Bedin :
Etre entrepreneur, c’est avoir des projets quel que soit le temps qu’il fait.
Ce qui motive les salariés, c’est d’être associés à ces projets. L’entrepreneur doit bien expliquer le projet aux salariés et les laisser faire la part des choses, du temps qu’ils y consacrent et du temps qu’ils consacrent à leurs enfants…
Le salarié doit trouver une forme d’intérêt à la croissance de l’entreprise, bien au-delà des obligations légales.
C’est ainsi que Croissance + persiste à inciter les chefs d’entreprise à donner beaucoup plus qu’un tiers de ses bénéfices aux salariés et ne souscrit pas d’emblée à l’adage actuel du 1/3, 1/3, 1/3.
Paul Dubrule :
Hormis la dimension financière, le chef d’entreprise doit donner toute sa place à la formation permanente. Chacun doit pouvoir faire de la connaissance ce qu’il en décide. Ce qu’un salarié apprend dans l’entreprise, comme chez Accor, il doit pouvoir le valoriser ailleurs,.
Entreprendre en France : projet collectif à la sortie de crise ?
Des solutions de sortie de crise peuvent être ébauchées en associant les réflexions de tous : quelques Thinktanks tels que Croissance Plus, fondé voici 12 ans et rassemblant aujourd’hui 350 entrepreneurs, sont reçus par le gouvernement.
Paul Dubrule :
Est convaincu que la plus value des entreprises se fera de plus en plus sur des activités d’innovation et de services et non plus dans l’industrie traditionnelle aidée à coups d’aides massives et de plans de relance. Donner de l’argent aux constructeurs automobiles est une erreur majeure. La situation est identique pour l’automobile aujourd’hui comme elle l’était pour les charbonnages voici plusieurs décennies. On savait que cela ne durerait pas, cependant les Charbonnages n’avaient rien fait pour reconvertir leur personnel…
Et pourtant, d’autres voies s’ouvrent sur des activités « industrielles » d’un nouveau type : celles du culturel et de l’immatériel par exemple, qui ont vocation à rester dans notre pays car peu délocalisables.
L’industrie n’est pas moribonde, elle doit être réinventée. On peut citer de nombreux exemples réussis d’entreprises industrielles ayant massivement investi dans l’innovation et le recrutement d’ingénieurs qualifiés pour inventer le produit qui permet de faire la vraie différence concurrentielle et l’importance d’initiative d’aides aux créateurs telles que le réseau Entreprendre qui octroie des prêts de 50 à 400K€.
Frédéric Bedin :
Cite l’exemple d’un membre de Croissance Plus qui a repositionné en quelques années les vélos Look en liquidation à Nevers sur le marché confidentiel du très haut de gamme et compte désormais 250 ouvriers sur le territoire. L’anecdote irrésistible, c’est que l’équipe olympique cycliste chinoise se fournit chez Look…
Ose affirmer haut et fort : le créateur d’entreprise est libre ! Et c’est très excitant !
Les Entrepreneurs sont « des gens bien », qui savent prendre des risques et aller de l’avant, peu nombreux sont ceux qui positionnent l’argent au centre de leurs préoccupations. Un grand nombre d’entre eux visent le bien-être et le bien-vivre dans notre société.
Fin
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