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Catégorie : Libertés au quotidien

Résumé de la conférence du 30 juin 2010: Comment redonner du sens au politique ?

Dimanche 29 août 2010

Pensez Libre a posé la question : “comment redonner du sens au politique ?” à une philosophe Cynthia Fleury qui travaille sur  l’entropie démocratique, soit sur les différences entre les principes et les pratiques démocratiques, et à un homme politique Jean-Louis Bourlanges qui théorise la conception politique du centriste. Se réclamant tous les deux de Tocqueville, leur analyse se rejoint sur les maux de notre démocratie et les pistes pour redorer le blason du politique.

Cynthia Fleury et Jean-Louis Bourlanges

Cynthia Fleury et Jean-Louis Bourlanges

Cynthia Fleury


Tocqueville a eu l’intuition géniale de comprendre que la démocratie était construite sur de bons principes avec des effets pervers, car les individus démocratiques transforment les principes en passions.

C’est extrêmement différent de défendre le principe de la liberté qui s’inscrit dans un schème d’auto-responsabilisation que de défendre la passion de la liberté qui renvoie à un exercice de « toute-puissance ». Tout comme il est différent de défendre le principe d’individuation, c’est-à-dire la construction et l’autonomie du sujet et de défendre l’individualisme, qui confine à un repli sur soi et sur la sphère privée.

Historiquement, nos pionniers de la démocratie ont formé un acte I dans lequel la fondation de notre démocratie française repose sur le pilier de la vertu du Peuple. accolé à ce que Robespierre nomme « le bras armé de la vertu » à savoir la Terreur. Ce couple a construit notre traumatisme français en même temps que notre tropisme pour réguler notre société démocratique dans sa phase de création.

L’acte II de notre démocratie selon Tocqueville rejette ce couple infernal et propose dans une tradition libérale française la doctrine de l’intérêt bien entendu. Tocqueville perçoit bien que sa doctrine, qui se définit par la modération et le compromis, sera un « idéal médiocre ». Mais il pense, que cet idéal protégera la démocratie contre ses propres dérives, notamment ses aspects dictatoriaux et sa toute-puissance sous-jacente.

Nous sommes aujourd’hui à la fin de cette régulation de « l’intérêt bien entendu » qui, loin d’être un semblant d’intérêt public, renvoie à l’atomisation des intérêts privés.

D’autre part, autre effet pervers de la démocratie, elle jette sur son propre fonctionnement un voile de Maya dans la mesure où elle masque la vraie dynamique qui la sous-tend, à savoir non pas celle d’un statu quo quasi mécanique, mais celle des mouvements sociaux, des tensions et des conflits internes. À partir du moment où on laisse à l’automatisme de la démocratie le soin de défendre les principes démocratiques, on met nécessairement en danger la pérennité desdits principes.

En France, on observe par exemple ces dernières années dans le monde du travail, que les individus sont perpétuellement acculés à nier leurs fondamentaux, que les valeurs managériales et libérales contredisent les principes humanistes qui les ont construit. Chaque jour, les individus travaillent dans un univers qui renie leur statut, organise leur « échangeabilité », n’assure plus leur promotion sociale, transforme leur idéal de métier jusqu’à le briser. L’érosion du sujet est une conséquence directe de ce phénomène de déflagration du sens et de l’éthique des pratiques professionnelles.

Ceux qui se suicident sur leur lieu de travail, ne sont pas ceux qui sont les moins bien intégrés. Ces individus au lieu de faire exploser le système, préférèrent imploser sur le lieu symbolique de leur activité professionnelle. Les travaux de Dejours qui a beaucoup réfléchi sur le suicide dans le monde du travail, montrent que ces suicides parlent moins d’une problématique de vulnérabilité personnelle que d’une problématique de vulnérabilité structurelle, liée au système économique qui est le nôtre où le travail est dévalorisé.

Qu’est ce qui pourrait aider à protéger la démocratie contre elle-même et à passer au troisième âge de notre démocratie ? J’émets l’hypothèse que la restauration d’une des principales vertus démocratiques, à savoir le courage, peut être la voie. Mais pas n’importe quel courage.

Le risque se situe sur l’instrumentation du courage par les hommes politiques, qui se revendiquent du « parler vrai », de la vérité, de la rupture, etc.… de telle sorte qu’ils vident littéralement le mot courage de sa substance première, en l’usurpant et en faisant d’une fausse politique du courage un véritable outil de communication politique. Cette forfaiture de la vérité m’a amené à redéfinir le courage.

Michel Foucault dans un de ses derniers séminaires au Collège de France sur le courage de la vérité, explique que le courage est la valeur clé en démocratie au-delà de la notion traditionnelle de souveraineté du peuple. Car lorsque le peuple déraisonne, il est capable d’adouber un tyran, un despote auquel il donne une légitimité par son vote. Je vous renvoie au texte de Victor Hugo qui explique très bien dans Napoléon le petit , qu’au moment où Napoléon III a été adoubé par le suffrage universel, il piétine la démocratie ; le vote devient alors l’arme par laquelle l’esprit même de la démocratie (à savoir l’exercice libre de la délibération publique) est tué.

Pour que la démocratie existe, il faut faire en sorte que le demos soit véritablement le lieu d’une activation du logos corrélé à l’ethos. Pour Foucault, cela se nomme la parrêsia, •Le dire vrai n’est pas un dire sur tout et n’importe quoi. Il est normatif et non permissif. Il renvoie à des critères spécifiques, sinon il est le dire de la doxa, populiste, tout puissant et infantile. Un dire fantasmatique qui disloque la cité. Pratiquer la parrêsia n’est pas simplement « tout dire ». C’est « tout dire, mais indexé à la vérité ». Le « parrèsiaste » dit en effet ce qu’il pense mais surtout il « se lie à cette vérité, il s’oblige, par conséquent, à elle et par elle ». Pour qu’il y ait parrêsia, il faut que le « sujet [en disant] cette vérité qu’il marque comme étant son opinion, sa pensée, sa croyance, prenne un certain risque, risque qui concerne la relation même qu’il a avec celui auquel il s’adresse ». Nous sommes donc à l’opposé d’un dire communicationnel, faussement libératoire parce qu’haranguant qu’il dit ce que les autres pensent tout bas. À l’opposé des dires politiciens s’arguant du vrai pour mieux masquer les intérêts particuliers qu’ils défendent. Non pas un dire qui « oblige les autres » mais qui s’oblige, autrement dit un dire qui oblige les politiciens eux-mêmes. La parrêsia « implique une certaine forme de courage, courage dont la forme minimale consiste en ceci que le parrèsiaste risque de défaire, de dénouer cette relation à l’autre qui a rendu possible précisément ce discours. En quelque sorte, le parrèsiaste risque de toujours saper cette relation qui est la condition de possibilité de son discours ». De nouveau, nous sommes à mille lieues de la relation d’un politicien à l’opinion publique ou d’un candidat vis-à-vis de son électorat potentiel. L’espace de la communication politique n’est pas parrèsiastique. Quel homme politique prendrait le risque de briser une telle relation et de s’extraire du jeu électoraliste, de plus en plus anti-démocratique dans la mesure où il s’érige sur la non adéquation du dire et du faire ?

Il n’est pas sûr que cet homme qui pratique la parrêsia soit un politicien. Rares – voire inexistants – sont les hommes politiques pratiquant le dire vrai. Mais, et c’est là le paradoxe, le pourraient-ils seulement s’ils le souhaitaient ? À lire Foucault, rien n’est moins sûr et le philosophe de rappeler le refus de Socrate d’entrer en politique. « Le parrèsiaste n’est pas un professionnel. Et la parrêsia est tout de même autre chose qu’une technique ou un métier, même qu’il y a des aspects techniques dans la parrêsia. La parrêsia, ce n’est pas un métier, c’est quelque chose de plus difficile à cerner. C’est une attitude, une manière d’être qui s’apparente à la vertu, une manière de faire. Ce sont des procédés, des moyens réunis en vue d’une fin et par là, bien sûr, cela touche à la technique, mais c’est aussi un rôle, rôle utile, précieux, indispensable pour la cité et les individus ». Attitude, ou matrice d’attitudes, la parrêsia n’est pas le produit d’une activité communicationnelle. D’où la difficulté majeure en médiacratie : le temps étant aux revendications communicationnelles pseudo-parrèsiastiques, l’épistémologie du courage vire à la seule communication politique du courage. Et le courage devient alors en politique, ou plutôt en communication politique, l’instrument stratégique par excellence. Et l’homme parrèsiastique le masque du sophiste.

Jean-Louis Bourlanges.

Essayons d’analyser l’Homo Centristus Vulgaris, l’homme Centriste ordinaire et en quoi il représente quelque chose qui a du sens dans la vie publique française d’aujourd’hui. Un certain nombre de refus à la base de son engagement  le caractérisent :

Le refus de l’absolutisme religieux : Avant la Révolution française, la politique était le fait des intendants du roi qui administraient le bien public de façon pré-technocratique. Tocqueville montre bien qu’à partir de la Révolution, on aborde une politique « littéraire », en fait une politique religieuse : les hommes politiques devenant les anges d’une rédemption immanente dont Robespierre est un exemple assez terrifiant. Le centriste n’accepte pas avec cette vision des choses mais affirme comme Marcel Gauchet, qu’il ne faut pas réenchanter la politique. On voit bien ce que l’enchantement signifie : c’est le charme, c’est le filtre d’amour d’Iseult, c’est quelque chose qui vous conduit à ne plus être vous-mêmes mais à écouter le son de flûte d’un leader qui emporte les enfants vers des horizons insondables. Je pense profondément que le centriste,- c’est en cela qu’il est en situation difficile par rapport à la fantasmagorie nationale - est abonné à un certain prosaïsme. Il résiste de toute la force de son âme à ces transfigurations héroïques car il voit très bien – « qui veut faire l’ange fait la bête »- qu’elles aboutissent à des résultats très souvent dramatiques.

Le refus du volontarisme : Il est apparu dans le vocabulaire politique avec l’élection présidentielle de Jacques Chirac en 1995 qui affirmait qu’il suffisait de vouloir pour faire. Ce volontarisme s’opposait au réalisme qu’incarnait Edouard Balladur lorsqu’il affirmait que la situation était difficile et qu’il fallait faire des efforts et s’adapter. Ce volontarisme se disqualifiera, quelques mois plus tard, ainsi que le discours de la fracture sociale avec la constatation sous-jacente suivante « j’ai fait ce que j’ai pu, mais je ne peux pas grand chose ». La France entière est dans la rue à la fin décembre 1995 pour sanctionner ce mensonge d’Etat.

Ce volontarisme est une perversion intellectuelle. Le volontariste est celui qui affirme que « le réel a beau être là, je suis plus fort que lui ». Cela équivaut, à faire au réel ce que Jean Yanne appelle le « coup du gros lion », le rugissement du lion de la MGM, en espérant que le réel s’enfuisse, et laisse triompher le désir.

Cela ne marche jamais. C’est le signe d’une absence de volonté puisque la volonté suppose d’accepter la confrontation avec le réel. C’est de cette façon que Paul Valéry définit le travail de l’artiste, la lutte entre la pierre et le sculpteur. Il décrit le corps à corps entre un créateur et la résistance qu’offre le matériau. Le matériau résiste et c’est dans cette résistance et cette confrontation qu’apparaît l’œuvre d’art.

De ce seul point de vue, je me méfie de la formule anglaise qu’on attribue à Churchill, « where there is a will, there is a way », que les gaullistes attribuent très fréquemment au Général de Gaulle : « là où il y a une volonté, il y a un chemin ». Vous pourrez avoir toute la volonté du monde, ce n’est pas pour autant que vous trouverez un chemin. Le véritable homme politique est celui qui inverse la formule : « là où il y a un chemin, il faut qu’il y ait une volonté ! C’est d’ailleurs la vraie devise du général De Gaulle le 18 juin.

- Le refus de l’empirisme : L’empirisme est un opportunisme qui consiste à se laisser porter par le mouvement des choses. Lorsque le rapport de force change, on se plie au rapport de force. Maurras formule cela en disant « en politique le succès est signe de vérité ». Max Weber dit : « je ne connais rien de plus vide de sens que la politique de puissance ». Il oppose la politique de Puissance à la politique du Tragique qui est une politique de confrontation douloureuse entre les valeurs dont l’homme politique est porteur et la réalité qui lui fait face. Le centriste authentique, en tout cas dans sa variante démocrate-chrétienne, refuse le cynisme et accepte la dimension tragique de l’action.

- Le refus du verbalisme : Il y a le vocabulaire et la réalité. L’équation est assez simple : les élections sont pour le discours et l’opportunisme pour le gouvernement. Vous ne pouvez pas, sur cette base, réformer le pays parce que les gens savent que vous leur avez menti. Vous pouvez essayer de ne pas faire trop de bêtises en ne réalisant pas celles que vous aviez annoncées, mais vous ne pouvez pas animer avec ce principe un mouvement réformateur de la société. C’est le drame de la gauche que de devoir être infidèle à sa démagogie verbale.

Vous conviendrez donc qu’il n’est pas drôle d’être Centriste. On se situe dans le prosaïsme, dans le discours de vérité, dans ce qu’on appelait à propos de Raymond Barre, la modération impitoyable, dans le courage ordinaire des gens qui refusent simplement de dire à tout le monde ce qu’ils veulent entendre. On est dans le discours de Valery Giscard d’Estaing qui se fait vilipender par les gaullistes lorsqu’il explique simplement ce que pèsera démographiquement la France dans une trentaine d’années, soit 1 ou 2% et qui s’entend répondre que c’est une insulte à la grandeur de notre pays.

Un homme politique doit d’abord dire où on en est. Pour donner du sens à son action, il doit dire la réalité : aujourd’hui nous sommes dans une course à la déclassification française qui suit à peu près le même rythme que notre déclassification footballistique. Si vous ne commencez pas par le reconnaître, vous êtes perdu.

Un homme politique doit dire ce qu’on peut faire. Pour les retraites par exemple : soit on supprime l’âge de la retraite en disant que c’est une question de durée de cotisations, soit on le conserve mais en disant qu’on ne pourra pas le maintenir à 60 ans, dans la situation démographique dans laquelle nous nous trouvons. Dès 1982 c’était déjà ingérable à moyen terme et ça l’est maintenant a fortiori. Aujourd’hui, même si les socialistes se sentent saisis par la nécessité de la fidélité à un dogme verbal décalé de la réalité, ils ne reviendront pas sur le système des retraites et seraient plus crédibles en l’avouant.

Un homme politique doit dire ce que l’on doit faire. Pour reprendre la distinction de Max Weber, il faut préférer la morale de la responsabilité à la morale de la conviction. Cette préférence n’a rien à voir avec l’adage la fin justifie les moyens. Un homme politique est quelqu’un qui, à chaque fois qu’il prend une décision, doit se poser la question des conséquences : que va-t-il se passer, qui va perdre, qui va gagner, quels seront les dommages collatéraux ?

Un homme politique doit dire avec qui il agit : Le socialiste Bracke-Desrousseaux professait que « nous avons besoin d’hommes sûrs et non pas de surhommes ». un homme seul est impuissant à gouverner. Certains croient que leur présence aux affaires est un don tel, qu’ils s’offrent à la Nation et que cela suffira à tout régler. L’élection présidentielle française est aujourd’hui le lieu d’expression de ces égolatries. Un homme politique doit avoir une équipe, des alliés et doit faire connaître aux citoyens ce que sera sa majorité.

Les Centristes savent qu’on n’agit pas seul. Ils croient à la délibération parlementaire et à la délibération sociale. Ils pensent que ce sont les compromis qui font les réformes et que l’intransigeance les rend impossibles. Ils opposent la culture du compromis, de l’équilibre et de la modération à la culture du Salut Public de l’autorité administrative et de l’exclusion des minoritaires.

1, Libertés au quotidien ,

Vers une société durable

Lundi 6 avril 2009

Crise de 2008, crise de siècle

L’automne 2008 a été pour le moins animé sur les Bourses mondiales.

Dans la continuité d’une chute entamée depuis mi-2007, le système financier mondial a connu un éclatement majeur au dernier trimestre 2008. Depuis quelques temps déjà, les prix de l’immobilier, des matières premières et des denrées agricoles atteignaient des sommets, annonciateurs d’une profonde crise de surproduction et de spéculation.

Suite à la crise des crédits hypothécaires, l’éclatement de la dette des ménages américains a eu des répercussion en chaîne dans l’ensemble des pays et des secteurs mondiaux. A tel point que le risque systémique d’effondrement du système financier international a été à plusieurs reprises envisagé.

De la faillite de Lehman Brothers aux prises de contrôle de l’état américain sur les organismes Fannie, Mae et Freddie Mac, en passant par la recapitalisation en masse des banques européennes, le système financier mondial a connu une période de déstabilisation majeure, comparable à la grande crise de 1929.

Récession ? Dépression ?

Chaque économiste, chaque politique, chaque citoyen cherche à définir et comprendre cette crise dont personne ne parvient réellement à cerner les contours ni les responsabilités. Traumatisées par le spectre de la dépression économique des années 1930 et par le terrible conflit mondial qui en est sorti, les économies du monde entier ont toutes lancé des plans de relance publics et privés, afin de soutenir la consommation et l’investissement et tenter d’éviter une spirale déflationniste globale. Plan de relance américain de 800 milliards de dollars, initiatives publiques européennes de 1,5% du PIB, les Etats sont massivement intervenus sur les marchés pour soutenir les banques, les investissements des entreprises et la consommation des ménages.

Au-delà d’une de la nécessaire dynamique de plans de sauvetage à court-terme, une question centrale demeure cependant : qui est responsable ? que doit-on changer ?

Une réponse un peu vague entrée dans le langage courant est du type « tout le monde et personne à la fois ». « Tout le monde » car cette crise est la résultante de l’effondrement d’un système global, prévisible depuis plusieurs décennies, et « personne » parce que personne n’avait intérêt à le remettre en cause.

Au cours de l’année 2008, les cours boursiers mondiaux ont chuté de 50% dans le sillage de l’éclatement simultané des bulles des matières premières, du secteur immobilier et des denrées agricoles.

Cependant, si les mécanismes de la crise de 2008 sont bien ceux d’une crise de surproduction et de spéculation, de surévaluation de la demande et des prix, les causes fondamentales en semblent cependant bien plus profondes.

Les causes de la crise de 2008 semblent en effet se trouver au cœur-même des piliers qui ont construit le capitalisme financier du XXème siècle.

Si le XXème siècle a permis la reconstruction occidentale et des accès réels à une société de confort, la crise financière de 2008 semble confirmer que, depuis quelques décennies, le système économique et politique mondial reposait sur des déséquilibres structurels, qui rendaient cette crise inévitable.

Le XXIème siècle a fait une entrée fracassante dans notre quotidien avec les terribles attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center. Ces mêmes attentats ayant été suivis de la guerre en Irak, de l’arrivée de nouvelles puissances sur la scène géopolitique mondiale et de la crise financière de 2008.

Ces signaux mettent en lumière un profond changement d’époque, un changement des équilibres politiques, économiques, écologiques et sociaux. Le XXème siècle a connu une forte dynamique économique et commerciale, basée sur cinq piliers de croissance, mais qui sont aujourd’hui dépassés.

1. La croissance économique du XXème siècle a été fondée sur l’économie du pétrole : elle est aujourd’hui remise en cause par l’épuisement progressif des ressources fossiles et par les dérèglements climatiques causés par l’activité industrielle humaine.

Le Protocole de Kyoto donne depuis 1997 un cadre de coopération internationale dans la lutte contre le changement climatique : afin de limiter l’augmentation de la température terrestre à 2-3 degrés d’ici 2100, le XXIème siècle met en place une dynamique de ressources chères et d’énergies propres. La crise de 2008 révèle une profonde crise de transition énergétique, au sens où elle place les nations du monde entier dans un contexte de pénurie de ressources et de recherche de nouveaux modèles de croissance verte, autour d’une économie décarbonée.

2. Le système géopolitique du XXème siècle a été structuré autour du leadership des Etats-Unis : il semble aujourd’hui en voie d’une recomposition multipolaire, constituée autour de nouvelles lignes de forces, marquées par la montée en puissance des économies émergentes comme le Brésil ou l’Inde, et le retour sur la scène internationale d’acteurs majeurs comme la Chine, la Russie et le Moyen-Orient. Ce nouvel ordre mondial sera source de tensions énergétiques et gépolitiques, mais aussi d’opportunités de coopération dans la lutte contre le changement climatique.

3. L’économie du XXème siècle s’est structurée dans un processus de dérégulation constante, à tel point que les Etats ont été nettement dépossédés de leur pouvoir économique. Le XXIème siècle verra sans doute un retour partiel de politiques économiques publiques plus volontaires, où les Etats du monde occidental comme des pays émergents deviendront de véritables pilotes économiques au travers de partenariats publics et privés.

4. L’économie du XXème s’est construite autour de la notion de maximisation du profit : le système financier mondial s’est bâti autour du postulat que la maximisation des intérêts particuliers des entreprises menait à l’intérêt général. La croissance des inégalités sociales, dans les pays développés, comme dans l’axe Nord-Sud, les pollutions et les dérèglements environnementaux, ont montré que croissance économique et la maximisation seule du profit pouvaient être sources de profonds déséquilibres. Les entreprises du XXIème siècle devront alors concourir à la recherche équilibrée d’intérêts économiques, écologiques et sociaux, dans leur mode de fonctionnement comme dans les produits qu’elles commercialiseront.

5. La société du XXème siècle s’est construite autour de la société de consommation : cependant, les excès d’une société désormais surinvestie par les médias, la publicité et l’argent ont alimenté un sentiment de perte de sens généralisé. Le XXIème siècle se construira alors dans la quête d’une société du bien-être et de formes de spiritualités collectives, alimentées par les associations, les religions, les partis politiques, les femmes, les minorités et le pouvoir citoyen. Dans le monde occidental tout particulièrement, le XXIème siècle verra l’émergence du « citoyen », là où les actes de consommation prendront désormais un véritable sens éthique, écologique et social.

La crise financière de 2008 n’est donc pas qu’une crise de surproduction. Elle est également et surtout une crise de système, car elle remet en question le mode de fonctionnement même de la société moderne. Les excès de la finance mondiale, entraînée par une spirale de déresponsabilités confortables, ont participé à une déshumanisation progressive de l’économie, à tel point que cette dernière a semblé dériver de son objectif initial. A savoir celui de créer de la richesse sociale et de permettre à chacun d’avoir « un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires » (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme» (1948).

2009 apparaît alors comme l’année charnière qui fait basculer les citoyens du monde dans une nouvelle époque. Celle d’une société durable.

Société construite autour de la transformation des modes de vie et de la rénovation des relations humaines, dans le cadre d’un projet commun de protection de la planète et de lutte contre le changement climatique.

Version PDF téléchargeable : Vers une société durable

T. MERCIER

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Souriez, vous êtes fiché…

Lundi 16 mars 2009

«Aller et venir librement, anonymement, est l’une des libertés fondamentales dans nos démocraties», clamait la CNIL en août 2007. Aujourd’hui, avec le Pass Navigo, il est surprenant que la RATP conserve, durant 2 jours, afin de détecter une fraude éventuelle, l’ensemble  des informations inhérentes à nos déplacements.

Au delà de cette lutte contre la resquille totalement légitime, se pose la question de nos libertés.  Qui a accès à ces informations confidentielles ? Est-il simplement nécessaire qu’elles existent ?

Petit à petit, morceaux par morceaux, nous perdons notre droit à l’anonymat. Que ce soit volontairement (Facebook) ou de manière insidieuse (pass Navigo).

Hier, un jeune entrepreneur m’a avoué avoir le projet de monter une société internet, pour le compte d’une grosse compagnie d’assurance.

« L’idée est simple…Il s’agit de rassembler sur vous toutes les informations disponibles sur le net. »
Je ne sais pas vous…mais moi, cela m’a fait froid dans le dos…

Quid de notre société dans les 20 prochaines années ?

Votre banquier vas t il accepter de vous ouvrir un compte malgré l’image de flambeur qu’il décèle sur la toile. Votre prime d’assurance voiture est plus chère que votre voisin… Hé oui, vous êtes jeunes et vos soirées arrosées s’étalent sur Facebook.

Vous en êtes à votre trentième démarchage téléphonique aujourd’hui. Logique, des sociétés de profiling ont analysé vos habitudes de consommation…. Est-ce cela que nous souhaitons à brèves échéance…

Citoyen, citoyenne, prenez garde ! Votre anonymat est précieux !

Thierry Rochas

Libertés au quotidien