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Résumé de la conférence Le “pathos” du pouvoir

Résumé de la conférence du  jeudi 3 mars 2011 en présence de :

  • Bernard Clerté, Professeur de philosophie, directeur de stages au Lycée d’Etat “Maison d’Education de la Légion d’Honneur”, D.G de la SAS: “Concours &Culture - Clerté”.
  • Charles Pépin, Ecrivain, philosophe et professeur au lycée d’Etat de la Légion d’Honneur, à Saint-Denis (93), ainsi qu’à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.

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L’objectif de cette conférence est d’animer une réflexion sur le pouvoir, l’exercice du pouvoir politique et ses dérives, et de proposer des éléments d’interprétation de la tendance à la people-isation du politique aujourd’hui

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Avant de penser le « pathos » spécifique au pouvoir politique, commençons par poser une distinction entre la « puissance » et le « pouvoir sur ».

Nous pourrions dire que la puissance d’un homme ou d’une organisation serait sa puissance propre, « objective », ou « fondée », indépendamment des représentations que les autres hommes s’en font. Cette puissance serait comparable à la puissance d’une cause naturelle à produire ses effets, ne dépendant aucunement de la façon dont les autres hommes la voient, se la représentent ou se l’imaginent.

Et nous appelons « pouvoir sur », ou simplement « pouvoir » cette relation qui se joue entre l’homme de pouvoir et ceux sur qui il s’exerce, cette relation qu’établit par exemple un homme politique avec ses contemporains, ou un chef d’entreprise avec ses collaborateurs, lorsqu’il est capable d’attirer à lui un certain nombre de représentations imaginaires, voire de fantasmes, qui lui confèrent en retour du pouvoir.

Prenons l’exemple du Léviathan de Hobbes pour illustrer cette distinction. Le Léviathan est ce chef, désigné au hasard, à qui les hommes confient la tâche d’assurer la sécurité collective. Parler de sa « puissance », voire de sa « toute puissance », revient à évoquer ce qu’il pourrait posséder, objectivement donc, qui lui confèrerait la dite puissance, et qui produirait son effet inexorablement : une grande puissance militaire, une immense force physique…

Parler de son « pouvoir », en revanche, c’est montrer ce que ce pouvoir doit aux autres hommes, à la manière dont ils se représentent ce Léviathan et sa fonction, voire simplement à la manière dont ils désirent…que ce Léviathan soit puissant. Le Léviathan n’a alors comme pouvoir…que celui que les autres hommes veulent bien lui donner : il ne peut plus, dans ce cas, être « tout puissant ».

Mais la frontière entre « puissance » et « pouvoir » est, au pire introuvable, au mieux poreuse.

C’est en tout cas parce que le pouvoir politique ne peut être réduit à une simple « puissance », parce que, donc, il est aussi un « pouvoir sur », que nous allons maintenant parler d’une magie propre à ce pouvoir et de son éventuel « pathos ».

L’exercice du pouvoir politique son « pathos »

L’exercice du pouvoir politique pourrait être qualifié de magique. Cette « magie » tient au fait que la volonté de celui (ou de ceux) qui l’exerce voit son efficacité démultipliée, dans des proportions en quelque sorte anormales, non « naturelles », par rapport à celle d’un individu isolé, ne disposant pas du pouvoir politique. Cette extension extraordinaire, magique donc, provient de l’adhésion ou soumission des populations à l’autorité du pouvoir politique. Cette extension extraordinaire de l’efficacité de la volonté de l’être humain permet d’abord d’éclairer la fascination pour l’exercice du pouvoir politique.

Toutefois, si nous prolongeons l’analyse, il apparaît que cette extension de l’efficacité d’une volonté, repose, pour l’essentiel, sur les représentations collectives, sur un imaginaire politique, déterminant l’adhésion et/ou la soumission

Si nous acceptons cette interprétation ou la soumission des populations à l’autorité de l’homme politique, l’exercice du pouvoir politique devient, en raison même de sa source dans les représentations collectives, toujours excentré par rapport aux qualités effectives - vertus, intelligence, vices ou perversité - des hommes politiques.  L’exercice du pouvoir politique est, de ce fait, toujours fragile : il dépend alors des représentations collectives qui, en dernier ressort, confèrent au politique son autorité et son efficacité.

L’origine du « pathos » propre à l’exercice du pouvoir politique tient donc, selon notre interprétation, au lien intime entre, d’une part, la fascination à l’égard de l’extension de l’efficacité de la volonté et, d’autre part, la fragilité intrinsèque d’un pouvoir tenant sa source dans les représentations collectives conférant au pouvoir politique son pouvoir.

Historiquement, les chefs politiques « charismatiques » ont recours à différents « moyens », plus ou moins couplés, selon les circonstances afin d’exorciser cette fragilité.

Des moyens « métaphysiques ».

Il s’agit alors de « fonder » l’exercice du pouvoir par référence à une délégation divine, transcendante. Ainsi, historiquement, durant une longue période, la référence aux Dieux ou à Dieu a fourni cette sécurité au pouvoir politique. En Occident, l’Apothéose des Empereurs romains conférait une sacralité dynastique au pouvoir politique. La sacralisation par les autorités religieuses ad hoc des monarchies absolues de droit divin a eu pour effet, si ce n’est pour finalité, d’encadrer, de réguler l’imaginaire collectif au service de la pérennité du pouvoir politique. Même l’empereur Napoléon, dont le pouvoir tenait, à son origine, aux turbulences de la Révolution française, n’a pas renoncé à cette sacralisation. On notera que ce recours à la sacralité du divin pour justifier le pouvoir politique est toujours d’actualité.  Modalités plus contemporaines, les idéologies, qu’elles soient racistes, ethnocentristes, historicistes, offrent au pouvoir politique un fondement, une garantie qui transcende la versatilité des opinions publiques ou, plus dramatique pour la politique, la délibération commune au sujet du bien commun, du bien vivre ensemble.

Toutefois, quelle que soit la garantie apportée à la pérennité d’un pouvoir politique par l’encadrement « métaphysique » des représentations et de l’imaginaire collectif, il reste que, en fonction des situations conflictuelles, le fondement « transcendant » du pouvoir politique doit manifester « objectivement », sur le terrain, son efficacité. Le recours à la force, à la puissance conquérante, à la violence, peut alors être interprété comme la manifestation de la sacralité du pouvoir politique.

Si les êtres humains se caractérisent, entre autres, par la capacité de donner du sens, de justifier à l’aide de représentations, même ce qui est vécu comme absurde ou injuste, alors on peut, peut-être, mieux comprendre l’intime complicité entre l’exercice du pouvoir politique, l’exorcisme de sa fragilité par des justifications « métaphysiques » et le recours à la violence.

Une interprétation de la tendance à la people-isation du politique.

La piste de cette interprétation de la tendance à la people-isation du politique admet, d’une part, que ce phénomène soit réel et, d’autre part, la référence au statut particulier de l’homme politique.

La people-isation du politique repose, entre autres, sur la confusion entre les sphères de la vie privée et de la vie publique : exposition, mise en scène, de la famille : époux, épouse, enfants, animaux domestiques, des vacances, de manifestations, encadrées médiatiquement, exposant la familiarité du pouvoir avec la France « qui travaille » et, ce, à grands renforts de serrements de mains, de tutoiement. Plus grave, à nos yeux, l’instrumentalisation de l’émotion induite des faits divers, de la délinquance, de l’instinct sécuritaire, en dehors de toutes analyses de la paupérisation et de la marginalisation de certains segments de la société, etc.

Le statut du politique est, nous semble-t-il, de l’ordre d’une « immanente transcendance ». Si la vocation du l’homme politique au pouvoir est bien d’incarner l’intérêt public, la volonté d’un bien vivre ensemble alors l’homme politique au pouvoir, en s’investissant dans cette fonction, s’élève et se doit d’incarner une légitimité qui dépasse, transcende, sa propre individualité et lui confère une sorte de sacralité. Quoi que son pouvoir politique repose sur les représentations collectives qui lui confèrent un pouvoir, celui-ci, du fait de sa nature politique, déborde tout intérêt particulier personnel. Il représente, dans le concert des nations, une personnalité culturelle originale qu’il se doit d’animer.

Si l’on accepte ces prémices alors la people-isation du politique peut être interprétée, tout à la fois, comme le symptôme d’une rupture grandissante entre la société civile et la crédibilité du politique et celui d’une tentative plus ou moins pathétique ou consternante de la combler.

Aristote avait raison lorsqu’il affirmait que, pour cet animal politique, ni Dieu, ni bête, le plus difficile est de toujours tenir le juste milieu.

Libertés au quotidien ,

  1. Stephan Krymer
    Vendredi 1 avril 2011 à 17:48 | #1

    Avec logique, le résumé de la conférence est aussi emberlificoté que ce qui fut exposé oralement (sauf pour le début de la conférence concernant la puissance et le pouvoir).
    L’explication du pathos du pouvoir me laisse perplexe, et le reste aussi …..
    Essayant de comprendre, j’ai résumé ma compréhension de ce qui fut dit, dans les lignes suivantes, et je lirai avec intérêt les commentaires m’éclairant sur la teneur de cette conférence qui me laisse un sentiment de frustration.

    “Un gringalet, en survêtement, priant instamment un grand costaud irascible de ramasser la crotte de son pitbull, a toutes les chances de se faire éclater la gueule. Le même gringalet, faisant la même demande, mais revêtu d’un uniforme de gardien de la paix, a toutes les chances de voir le grand costaud obtempérer.”
    Effectivement, la puissance primaire qui traduit la loi du plus fort, se soumet à la puissance sociétale, qui est la puissance collective ou la somme des puissances de chacun des individus de la société, du récipiendaire de ce pouvoir qui l’exerce conformément à ce qui est convenu.
    Y a-t-il vraiment de la magie dans la soumission du grand costaud, ou plutôt une logique résultant de “l’union fait la force” afin que “notre liberté s’arrête là où commence celle des autres”.
    Pour le gringalet, la tentation est forte de s’approprier ce pouvoir et de s’identifier à lui, en oubliant son origine.
    Ce pathos du pouvoir conduisait, et conduit toujours dans certains cas, à se trouver une légitimité pour se l’accaparer et le conserver (divine, etc.).
    Mais dans une démocratie, le pouvoir n’est pas endogène à son titulaire, il est attribué selon ce qui est convenu et remis à l’élu qui s’engage à représenter la communauté et à agir pour son compte. Il faut donc faire sa promotion pour se faire connaître, se vendre et convaincre afin de gagner les bulletins par lesquels on obtient le pouvoir. Dans notre société de marketing et de communication exacerbés où l’on réclame de l’information à tous prix sans distinguer l’essentiel de l’accessoire, la peoplisation de la personne qui veut le pouvoir, devient inévitable.

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