Archive

Archives pour 03/2011

Résumé de la conférence Le “pathos” du pouvoir

Lundi 28 mars 2011

Résumé de la conférence du  jeudi 3 mars 2011 en présence de :

  • Bernard Clerté, Professeur de philosophie, directeur de stages au Lycée d’Etat “Maison d’Education de la Légion d’Honneur”, D.G de la SAS: “Concours &Culture - Clerté”.
  • Charles Pépin, Ecrivain, philosophe et professeur au lycée d’Etat de la Légion d’Honneur, à Saint-Denis (93), ainsi qu’à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.

____________

leviathan21

L’objectif de cette conférence est d’animer une réflexion sur le pouvoir, l’exercice du pouvoir politique et ses dérives, et de proposer des éléments d’interprétation de la tendance à la people-isation du politique aujourd’hui

_____________

Avant de penser le « pathos » spécifique au pouvoir politique, commençons par poser une distinction entre la « puissance » et le « pouvoir sur ».

Nous pourrions dire que la puissance d’un homme ou d’une organisation serait sa puissance propre, « objective », ou « fondée », indépendamment des représentations que les autres hommes s’en font. Cette puissance serait comparable à la puissance d’une cause naturelle à produire ses effets, ne dépendant aucunement de la façon dont les autres hommes la voient, se la représentent ou se l’imaginent.

Et nous appelons « pouvoir sur », ou simplement « pouvoir » cette relation qui se joue entre l’homme de pouvoir et ceux sur qui il s’exerce, cette relation qu’établit par exemple un homme politique avec ses contemporains, ou un chef d’entreprise avec ses collaborateurs, lorsqu’il est capable d’attirer à lui un certain nombre de représentations imaginaires, voire de fantasmes, qui lui confèrent en retour du pouvoir.

Prenons l’exemple du Léviathan de Hobbes pour illustrer cette distinction. Le Léviathan est ce chef, désigné au hasard, à qui les hommes confient la tâche d’assurer la sécurité collective. Parler de sa « puissance », voire de sa « toute puissance », revient à évoquer ce qu’il pourrait posséder, objectivement donc, qui lui confèrerait la dite puissance, et qui produirait son effet inexorablement : une grande puissance militaire, une immense force physique…

Parler de son « pouvoir », en revanche, c’est montrer ce que ce pouvoir doit aux autres hommes, à la manière dont ils se représentent ce Léviathan et sa fonction, voire simplement à la manière dont ils désirent…que ce Léviathan soit puissant. Le Léviathan n’a alors comme pouvoir…que celui que les autres hommes veulent bien lui donner : il ne peut plus, dans ce cas, être « tout puissant ».

Mais la frontière entre « puissance » et « pouvoir » est, au pire introuvable, au mieux poreuse.

C’est en tout cas parce que le pouvoir politique ne peut être réduit à une simple « puissance », parce que, donc, il est aussi un « pouvoir sur », que nous allons maintenant parler d’une magie propre à ce pouvoir et de son éventuel « pathos ».

L’exercice du pouvoir politique son « pathos »

L’exercice du pouvoir politique pourrait être qualifié de magique. Cette « magie » tient au fait que la volonté de celui (ou de ceux) qui l’exerce voit son efficacité démultipliée, dans des proportions en quelque sorte anormales, non « naturelles », par rapport à celle d’un individu isolé, ne disposant pas du pouvoir politique. Cette extension extraordinaire, magique donc, provient de l’adhésion ou soumission des populations à l’autorité du pouvoir politique. Cette extension extraordinaire de l’efficacité de la volonté de l’être humain permet d’abord d’éclairer la fascination pour l’exercice du pouvoir politique.

Toutefois, si nous prolongeons l’analyse, il apparaît que cette extension de l’efficacité d’une volonté, repose, pour l’essentiel, sur les représentations collectives, sur un imaginaire politique, déterminant l’adhésion et/ou la soumission

Si nous acceptons cette interprétation ou la soumission des populations à l’autorité de l’homme politique, l’exercice du pouvoir politique devient, en raison même de sa source dans les représentations collectives, toujours excentré par rapport aux qualités effectives - vertus, intelligence, vices ou perversité - des hommes politiques.  L’exercice du pouvoir politique est, de ce fait, toujours fragile : il dépend alors des représentations collectives qui, en dernier ressort, confèrent au politique son autorité et son efficacité.

L’origine du « pathos » propre à l’exercice du pouvoir politique tient donc, selon notre interprétation, au lien intime entre, d’une part, la fascination à l’égard de l’extension de l’efficacité de la volonté et, d’autre part, la fragilité intrinsèque d’un pouvoir tenant sa source dans les représentations collectives conférant au pouvoir politique son pouvoir.

Historiquement, les chefs politiques « charismatiques » ont recours à différents « moyens », plus ou moins couplés, selon les circonstances afin d’exorciser cette fragilité.

Des moyens « métaphysiques ».

Il s’agit alors de « fonder » l’exercice du pouvoir par référence à une délégation divine, transcendante. Ainsi, historiquement, durant une longue période, la référence aux Dieux ou à Dieu a fourni cette sécurité au pouvoir politique. En Occident, l’Apothéose des Empereurs romains conférait une sacralité dynastique au pouvoir politique. La sacralisation par les autorités religieuses ad hoc des monarchies absolues de droit divin a eu pour effet, si ce n’est pour finalité, d’encadrer, de réguler l’imaginaire collectif au service de la pérennité du pouvoir politique. Même l’empereur Napoléon, dont le pouvoir tenait, à son origine, aux turbulences de la Révolution française, n’a pas renoncé à cette sacralisation. On notera que ce recours à la sacralité du divin pour justifier le pouvoir politique est toujours d’actualité.  Modalités plus contemporaines, les idéologies, qu’elles soient racistes, ethnocentristes, historicistes, offrent au pouvoir politique un fondement, une garantie qui transcende la versatilité des opinions publiques ou, plus dramatique pour la politique, la délibération commune au sujet du bien commun, du bien vivre ensemble.

Toutefois, quelle que soit la garantie apportée à la pérennité d’un pouvoir politique par l’encadrement « métaphysique » des représentations et de l’imaginaire collectif, il reste que, en fonction des situations conflictuelles, le fondement « transcendant » du pouvoir politique doit manifester « objectivement », sur le terrain, son efficacité. Le recours à la force, à la puissance conquérante, à la violence, peut alors être interprété comme la manifestation de la sacralité du pouvoir politique.

Si les êtres humains se caractérisent, entre autres, par la capacité de donner du sens, de justifier à l’aide de représentations, même ce qui est vécu comme absurde ou injuste, alors on peut, peut-être, mieux comprendre l’intime complicité entre l’exercice du pouvoir politique, l’exorcisme de sa fragilité par des justifications « métaphysiques » et le recours à la violence.

Une interprétation de la tendance à la people-isation du politique.

La piste de cette interprétation de la tendance à la people-isation du politique admet, d’une part, que ce phénomène soit réel et, d’autre part, la référence au statut particulier de l’homme politique.

La people-isation du politique repose, entre autres, sur la confusion entre les sphères de la vie privée et de la vie publique : exposition, mise en scène, de la famille : époux, épouse, enfants, animaux domestiques, des vacances, de manifestations, encadrées médiatiquement, exposant la familiarité du pouvoir avec la France « qui travaille » et, ce, à grands renforts de serrements de mains, de tutoiement. Plus grave, à nos yeux, l’instrumentalisation de l’émotion induite des faits divers, de la délinquance, de l’instinct sécuritaire, en dehors de toutes analyses de la paupérisation et de la marginalisation de certains segments de la société, etc.

Le statut du politique est, nous semble-t-il, de l’ordre d’une « immanente transcendance ». Si la vocation du l’homme politique au pouvoir est bien d’incarner l’intérêt public, la volonté d’un bien vivre ensemble alors l’homme politique au pouvoir, en s’investissant dans cette fonction, s’élève et se doit d’incarner une légitimité qui dépasse, transcende, sa propre individualité et lui confère une sorte de sacralité. Quoi que son pouvoir politique repose sur les représentations collectives qui lui confèrent un pouvoir, celui-ci, du fait de sa nature politique, déborde tout intérêt particulier personnel. Il représente, dans le concert des nations, une personnalité culturelle originale qu’il se doit d’animer.

Si l’on accepte ces prémices alors la people-isation du politique peut être interprétée, tout à la fois, comme le symptôme d’une rupture grandissante entre la société civile et la crédibilité du politique et celui d’une tentative plus ou moins pathétique ou consternante de la combler.

Aristote avait raison lorsqu’il affirmait que, pour cet animal politique, ni Dieu, ni bête, le plus difficile est de toujours tenir le juste milieu.

Libertés au quotidien ,

Le Temps de l’Afrique?

Vendredi 25 mars 2011

Chères amies, chers amis,

Nous vous proposons de nous retrouvez le jeudi 14 avril 2011 à à 19h30 à l’Hôtel de l’Industrie, 4 place Saint Germain des Prés, Paris 6ème, pour le prochain débat de Pensez Libre, qui associe cette fois l’Art et la pensée,sur le thème:

Le Temps de l’Afrique ?

En présence de :

Olivier Ray, Economiste du développement, co-auteur de “Le Temps de l’Afrique ” avec J.M Severino, Ed. Odile Jacob 2010

Sylvain Sankalé, Critique d’art, spécialiste de l’art contemporain africain.

Le débat sera animé par Olivier Mousson et Christian Martin:

1. “Le XXIe siècle sera celui de l’Afrique. On la croyait vide, rurale, animiste, pauvre, oubliée du monde. Or, cinquante ans après les indépendances, la voilà pleine à craquer, urbaine, monothéiste. Si la misère et la violence y sévissent encore, la croissance économique y a repris; les classes moyennes s’y développent. Elle est désormais au centre de nouveaux grands enjeux mondiaux. Bref, elle était mal partie; la voilà de retour à grande vitesse.”nous affirment Jean-Michel Severino et Olivier Ray, dans “Le Temps de l’Afrique” (Ed. Odile Jacob, 2010).

Olivier Ray développera pour nous les principaux axes de sa réflexion, pour une typologie des Etats africains dans la dynamique du développement :

- Pays pionniers: Bostwana, Burkina Faso, Cap Vert, Ghana, Ile Maurice, Mozambique, Tanzanie, avant-garde du développement ?

- Pays rentiers (pétrole, uranium, or, cuivre, aluminium) en danger ?

- Afrique fragile malmenée d’une crise à l’autre avec des Etats fantômes et prédateurs, Guinée Bissau et Conakry, RCA, RDC, Somalie, Tchad, Zimbabwe ?

2- L’éveil démocratique et économique rencontre-t-il celui de la création culturelle et artistique en Afrique subsaharienne ?

Sylvain Sankalé nous fera, à partir de l’exemple du Sénégal, l’état des lieux de création artistique en Afrique subsaharienne.

- Quelle place pour la création artistique dans cette dynamique contradictoire ?

- Dans quel terreau social, intellectuel, scientifique ou spirituel, les artistes plongent-ils les racines de leur art ? L’accès aux nouvelles technologies de l’information y est-il un enjeu dans le renouvellement des formes artistiques ?

- Au-delà des politiques culturelles publiques, qui sont les nouveaux mécènes? Les classes dirigeantes régionales s’approprient-elles les enjeux de la création culturelle ?

-L’Art constitue-t-il, pour les pays émergents, un enjeu de communication et de reconnaissance au niveau international ?

Cette conférence est organisée conjointement à une exposition dédiée à l’art africain contemporain et en association avec le Collège International du Voyage. Vous pourrez à la suite de la conférence, visiter l’exposition en avant-première. Pour ceux qui ne pourront pas se joindre à nous le 14, sachez que le vernissage de l’exposition aura lieu vendredi et que l’exposition sera ouverte de samedi 16 et dimanche 17 avril de 11h à 19h.

afrique11

Amicalement

Stéphane Brabant et Olivier Mousson

RSVP obligatoire par mail

Vous pouvez inviter des amis intéressés par ce débat

Biographies

Olivier Ray

Après une hypokhâgne ‘lettres et sciences sociales’ à Paris et une Licence de relations internationales à la London School of Economics, Olivier Ray poursuit ses études par un Master d’affaires publiques à Sciences-Po Paris. Il rejoint ensuite la School of International and Public Affairs de l’université de Columbia à New-York, où il se spécialise dans la reconstruction post-conflit, avec une focalisation sur le monde arabe.

Avant de rejoindre l’AFD, Olivier Ray a travaillé pour le Département des Opérations de Maintien de la Paix de l’ONU, notamment sur les « Projets à Impact Rapide » mis en œuvre lors des premières années d’intervention dans un pays post-crise. Il a également travaillé pour le centre de recherche Security Council Report sur l’action du Conseil de Sécurité des Nations unies en matière de développement, de prévention des conflits et de reconstruction post-conflit – notamment en Côte d’Ivoire et au Burundi. De 2004 à 2007, il a été analyste pour la compagnie britannique Jane’s Information Group. De 2007 à 2010, olivier Ray a travaillé auprès de Jean-Michel Severino à la Direction générale de l’AFD.

Quelques publications d’Olivier Ray :

. “Strengthening Transatlantic Policy Coherence in Fragile States: Afghanistan as a Laboratory For Solutions”, Policy Brief, German Marshall Fund USA, August 2009, avec Jonathan White

. “The End of ODA (I): Death and Rebirth of a Global Public Policy”. Center for Global Development Working Paper #167, march 2009, avec Jean-Michel Severino.

. « Gouvernance mondiale - Illusoire quête du Léviathan ?», chapitre de l’ouvrage « La Gouvernance démocratique, un nouveau paradigme pour le développement ? » (Karthala,2008), édité par le Ministère des Affaires Etrangères, avec Jean-Michel Severino

Biens publics mondiaux et fiscalité globale». Article paru dans Les Cahiers Français, La Documentation française, Mars-avril 2008, avec Pierre Jacquet

. « Puissances émergentes : incontournables et fragiles partenaires », article paru dans L’ENA hors les murs de janvier-février 2008, avec Jean-Michel Severino

. « Le temps de l’Afrique », Odile Jacob, 2010, avec Jean-Michel Severino.


Sylvain Sankalé

Sylvain Sankalé est né en 1960 à Dakar. Après avoir suivi des études de droit, il devient avocat aux barreaux de Dakar et de Paris. Il est actuellement consultant. Il est également reconnu comme amateur d’art traditionnel et critique d’art contemporain.

Impliqué de longue date dans la Biennale de l’Art Africain Contemporain, il en a été Président du Conseil Scientifique en 2000, puis, en 2001, Président du “Comité de Réflexion sur le Statut de la Biennale Internationale de l’Art Africain Contemporain” et en 2010 commissaire pour les pays non anglophones de l’Afrique de l’Ouest.

Professeur-Associé et membre du comité pédagogique et de gestion de l’Institut Supérieur des Arts et des Cultures (ISAC) de l’Université Cheikh Anta Diop (depuis 2007), il y enseigne tant l’environnement juridique des métiers d’art que la critique d’art et l’influence de l’art africain traditionnel sur l’art contemporain occidental.

Il est aussi l’auteur d’un roman historique,” A la mode du pays”, Ed. Riveneuve 2008.

Accès au savoir & culture , , , , ,