Compte rendu “Une valeur sûre: l’éducation, mais laquelle ?”
Compte rendu de la conférence du 24 Avril 2010, en présence de
- Laurence Hansen-Löve, philosophe
- Natacha Polony, écrivain et journaliste
- Marie Ange Henry, professeur de lettres pendant 15 ans, proviseur du Lycée Jules Ferry jusqu’en 2008
Les réflexions et commentaires que nous venons d’entendre de Natacha Polony, Marie-ange Henry et Laurence Hansen-Löve sur “Une valeur sûre: l’éducation, mais laquelle ? ” ont été riches et diversifiés, une synthèse n’en sera donc que plus complexe et risquée; nous espérons, Mesdames, que vous ne nous tiendrez pas rigueur de ne pouvoir en quelques mots en refléter toute la profondeur.
Vous vous êtes interrogées sur l’Education et on a retenu parmi vos commentaires que ce serait notamment “Agir sur lhomme et le libérer pour lui permettre de comprendre le monde en dehors des dogmes”.
Vous avez insisté sur combien “l’être humain devient plus humain par le savoir ” et que la dignité loin d’être innée se conquiert. L’école donne une instruction à tous les enfants pour les émanciper, en faire des hommes libres et donc des citoyens “débarrassés des influences extérieures”. C’est par le savoir que l’on devient citoyen, il n’y a pas de “catéchisme citoyen” a-t-on relevé ce soir.
Il n’y a pas que l’école pour faire des “hommes libres et donc des citoyens” mais aussi d’autres institutions et notamment la famille qui elle devrait garder la charge malheureusement pas toujours (bien) remplie de dispenser les croyances et les valeurs.
Où en sommes nous de l’Education notamment en France ?
Vous avez d’abord exprimé vos avis en tant que professeurs et nous avons compris que certains se sentent parfois “débordés, dépassés et découragés”. Vous avez noté une dégradation récente de l’ambiance dans les écoles et ceci dans tous les milieux socio-culturels; l’une d’entre vous disait combien le corps professoral pouvait être confronté à des “élèves extrêmement incorrects” .
L’école ne va pas bien, on le sait. Elle va très mal soulignait l’une de vous.
Ces propos ont toutefois été tempérés par d’autres plus rassurants, plus optimistes, d’une de vous qui nous a en effet confié que selon elle ” l’autorité du maitre est globalement respectée”.
Pourquoi un constat globalement inquiétant ?
Certaines raisons tiennent des professeurs eux-mêmes et d’autres notamment des familles.
Vous n’avez pas hésité à reconnaître que bien des causes de ce “malaise” devaient être recherchées du côté des professeurs eux-mêmes comme par exemple la formation des jeunes professeurs pas suffisamment adaptée au monde et aux attentes d’aujourd’hui et trop souvent envoyés dès la délivrance de leur diplôme dans des écoles en zones difficiles alors qu’ils n’ont aucune expérience. Vous avez souligné combien il n’est pas toujours donné aux professeurs toutes les armes leur permettant de pouvoir imposer la légitimité indispensable pour qu’ils se fassent respecter.
Mais bien d’autres raisons qui dépassent le cadre scolaire peuvent expliquer cet inquiétant constat. Vous avez parlé de situations très diverses et malheureusement trop souvent cumulées telles le déclin de l’image du père ou, de façon plus générale le déclin de l’autorité.
S’il devait rester un message fort ce soir ce serait bien celui là: la crise de l’autorité comme raison essentielle d’une Education en déroute.
Déclin de l’autorité et désobéissance. Désobéissance vantée voire même valorisée comme dans certaines émissions de télévision. “Pour être un esprit fort il faut avoir structuré sa personnalité dans l’enfance et (donc) avoir obéi”. Comment structurer la personnalité d’enfants qui n’auraient pour modèle qu’une certaine désobéissance, “Descartes (et le discours de la méthode) n’est décidément pas leur problème”.
Nous vivons le “crépuscule des élites”.
Vous avez toutes souligné (et aussi des participants lors du débat) combien la télévision mais surtout l’utilisation de l’informatique sont trop souvent une cause importante de cette crise de l’autorité.
Vous avez souligné que même “l’autorité du savoir est quelque chose qui a disparu”, que le savoir est méprisé et vous regrettez que trop souvent les parents participent à dévaloriser sinon le savoir en tous les cas ceux qui le dispensent: les professeurs.
Nous avons compris que vous attendez que les parents cessent de critiquer l’enseignement devant les enfants, cessent de dévaloriser les professeurs, de dévaloriser l’enseignement.
On parle souvent de violence et notamment de la violence sociale qui rentre à l’école. Mais vous nous avez dit combien la violence ne vient pas nécessairement de l’école mais de l’extérieur et vous avez souligné à titre d’exemple combien l’interdiction des signes extérieurs a participé à atténuer certaines violences et assurer des relations plus égalitaires.
Vous avez souligné combien d’autres institutions qui participent à l’Education ont été détruites comme notamment la famille et que malheureusement l’école ne peut toutes les remplacer et notamment pas la famille, ce n’est pas son rôle. Pourtant elle en est de plus en plus investie et l’une des causes du mal est que l’école a désormais un trop grand rôle à jouer.
Vous avez fait référence à l’individualisme qui s’est malheureusement substitué à l’humanisme. Vous avez regretté que désormais l’être humain considère trop souvent qu’il reçoit “la dignité ” à la naissance et qu’il y a droit alors qu’elle devrait être gagnée au travers l’école, de l’enseignement et l’acquisition du savoir.
Aujourd’hui, comment transmettre avec légitimité à des enfants qui estiment qu’ils ont obtenu l’essentiel à la naissance.
De ces constats naissent des propositions de solution.
Certaines sont pratiques et faciles à mettre en place comme par exemple l’institution d’un règlement intérieur dans les écoles qui serait la loi de l’école à laquelle ne peuvent qu’adhérer les professeurs, les parents et les élèves.
Parmi les solutions vous avez insisté sur la nécessité de préserver une certaine neutralité dans l’école pour assurer la sérénité.
“L’école est un lieu d’enseignement et non pas un lieu de vie” avez-vous dit. Il faut en tirer les conséquences et laisser à l’école sont rôle premier d’enseignement et laisser aux parents et aux autres institutions qui participent à l’éducation le rôle qui est le leur.
En conclusion et pour résumer les propos de ce soir : L’école n’est pas un service publique et l’école n’est pas une démocratie, il convient de restaurer l’autorité et les parents doivent garder leur rôle et savoir participer à développer les cinq sens que la nature nous a tous donnés.
Nous avons beaucoup appris ce soir, ces propos étaient un “enseignement” et soyez assurées, Mesdames, que nous avons pris conscience de bien de choses que nous ignorions ou, quelquefois, feignions d’ignorer. Nous avons été à l’école du savoir et “vous nous avez dispensé une merveilleuse Leçon”.



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